L’origine des amish remonte à une scission survenue en 1693 au sein des anabaptistes, menée par Jacob Amman, dans une vallée d’Alsace proche de Sainte-Marie-aux-Mines. Leurs descendants ont ensuite quitté l’Europe pour l’Amérique du Nord, où vit aujourd’hui toute la communauté. Voici le fil de cette histoire, de la Réforme au départ vers la Pennsylvanie.
Les racines anabaptistes de la Réforme
Le mouvement anabaptiste naît à Zurich, au début du XVIe siècle, pendant la Réforme. Ses membres refusent le baptême des nourrissons et le pratiquent à l’âge adulte, ce qui leur vaut leur nom, qui signifie « rebaptiseurs ». À l’origine, c’est une insulte.
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Ils refusent aussi la violence et s’opposent à l’Église d’État. Pour cette raison, ils sont persécutés dans toute l’Europe et cherchent des terres agricoles où l’on veut bien les laisser vivre.
Dans les années 1530 et 1540, un ancien prêtre catholique néerlandais, Menno Simons, devient l’une des figures du mouvement. Ses disciples prennent le nom de mennonites. Les amish n’existent pas encore : ils apparaîtront un siècle et demi plus tard.
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Jacob Amman et le schisme de 1693
Jacob Amman est un ministre du culte anabaptiste d’origine suisse, installé en Alsace à la fin du XVIIe siècle. On sait peu de chose de sa vie, et la date de sa mort reste incertaine. Il juge le mode de vie et la discipline des communautés alsaciennes trop relâchés et réclame des règles plus strictes.
Ses exigences portent sur la mise au ban des membres qui s’écartent de la règle, sur la célébration de la cène et sur une tenue plus simple. Il s’oppose sur ce point à Hans Reist, partisan d’une approche plus souple. La rupture est consommée en 1693.
Les fidèles d’Amman sont d’abord appelés le « parti de Jacob Amann », puis amish aux États-Unis. Le nom vient donc d’un homme, comme l’histoire d’un prénom que raconte l’évolution d’un prénom selon les pays : il garde la trace de son origine bien après les faits.
Pourquoi l’Alsace et Sainte-Marie-aux-Mines
Les anabaptistes suisses ne sont pas venus en Alsace par hasard. Ils ont été chassés du canton de Zurich en 1635 et 1636, puis du canton de Berne en 1670 et 1671. Après la guerre de Trente Ans, l’Alsace dépeuplée offre au contraire des terres en friche et des exemptions fiscales à ceux qui viennent les cultiver.
Une soixantaine de familles originaires de la région bernoise s’installent ainsi dans le comté de Ribeaupierre, réputé pour sa tolérance religieuse. Elles se rassemblent surtout dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines, où elles prospèrent et finissent par exploiter parmi les plus grandes fermes de la région.
C’est dans ce cadre que naît le groupe d’Amman. En Alsace, on désigne encore les amish sous le nom de « Daïfer ».

Amish et mennonites : ce que le schisme a séparé
Les deux groupes partagent le même socle anabaptiste : baptême des adultes, refus de la violence, vie communautaire. Ce qui les sépare vient directement de 1693. Les amish appliquent une discipline plus stricte, notamment la mise au ban, et gardent un rapport plus distant avec le monde extérieur.
Les mennonites ont évolué vers une plus grande ouverture, y compris sur la technologie. Cette différence de degré explique que certains mennonites utilisent la voiture quand les amish les plus conservateurs conservent l’attelage.
Cette rigueur touche aussi la vie de famille, que décrit le fonctionnement des familles amish et les idées reçues à son sujet.
L’exil vers l’Amérique du Nord
Les anabaptistes n’ont jamais été durablement à l’abri en Alsace. Au début du XVIIIe siècle, ils sont expulsés de la région et se dispersent dans les territoires voisins. Beaucoup cherchent alors une terre où pratiquer leur foi sans pression.
Cette terre, ce sera l’Amérique du Nord. Des familles amish émigrent vers la Pennsylvanie au cours du XVIIIe siècle, puis dans les États voisins au siècle suivant. Elles y retrouvent ce qu’elles cherchaient depuis Zurich : des champs à cultiver et la liberté de vivre selon leur règle.

Ce qu’il reste de l’origine européenne des amish
Les amish ont gardé de leur passé européen un dialecte germanique, le « Pennsylvania Dutch », qu’ils parlent entre eux, ainsi que l’allemand pour la liturgie. Le mot « Dutch » vient ici de « Deutsch » et ne désigne pas les Pays-Bas. Cette identité transmise de génération en génération rappelle ce que montre une origine italienne revendiquée : une origine familiale façonne durablement la manière de se définir.
Il n’y a plus de communauté amish en Europe, alors que le mouvement est né sur ce continent. Toute la communauté vit aujourd’hui en Amérique du Nord, avec environ 421 200 personnes en juin 2026 dans 33 États américains et trois provinces canadiennes, selon le Young Center for Anabaptist and Pietist Studies. Près de 60 % d’entre elles vivent en Ohio, en Pennsylvanie et dans l’Indiana.
La population double environ tous les vingt ans, grâce aux familles nombreuses et au fait que presque tous les enfants restent dans l’Église. Les descendants du petit groupe de Sainte-Marie-aux-Mines sont ainsi plusieurs centaines de milliers.